Ma petite chasse aux sorcières


Un virus c'est tout petit, ça ne fait pas de bruit, ça terrorise les populations.

Je reçois toujours mes virus en automne, la saison des congés maladie, je ne sais pas pourquoi. Est-ce un début d'osmose entre l'homme et l'ordinateur ?

Ces exécutables DOS ne m'ont causé aucun souci, mais il paraît (la rumeur le dit) que commencent à apparaître des virus capables de s'attaquer aux Unices. Ah ? On ne va pas cauchemarder pour si peu.

Il ne faut pas faire confiance à l'ordinateur et qui plus est quand il est raccordé au réseau. Piratage, indiscrétion, chevaux de Troie, un code malicieux de plus ou de moins...

On n'utilise une boîte aux lettres sur le serveur de son employeur que pour le courrier professionnel, c'est la précaution de base. D'aucuns l'ont négligée qui s'en sont mordu les doigts.

Mais, au-delà de ce cas extrême, ne jamais oublier que le mail est une lettre sans enveloppe, une carte postale en somme, destinée au même usage. Qui peut le lire, qui peut l'expédier même, sur le net on ne le saura pas. M'ont été retournés, sans virus, des mails que je n'avais ni écrits ni envoyés, adressés à de parfaits inconnus.

À la Poste, toute correspondance est inviolable, c'est aujourd'hui une règle assez bien respectée. Je ne constate pas en outre qu'il soit fait de ces deux types de correspondance des utilisations se recoupant exactement, mais qui plus est, inégaux face à l'écrit, nous le sommes plus encore face à la technique, et j'en connais qui n'ont tout simplement pas les moyens de se payer un ordinateur.

Plus cher ponctuellement, le courrier traditionnel reste en fin de calcul le plus accessible au grand public, et rien ne justifierait que cessent son acheminement et sa distribution d'être un service universel.

Ajoutons que toutes les postes du monde ne sont pas également soucieuses de démocratie et de respect des individus (et même la Poste française au temps de l'occupation jouait un rôle de surveillant), mais le support électronique facilite les contrôles dictatoriaux - exhaustifs ou par mots-clefs - quand le support papier les complique énormément.

Paranoïa ? Paranoïa. Un cheval de Troie, pour ceux qui ne connaissent pas, est un bout de code malicieux différent d'un virus en ce qu'il agit à l'insu de l'utilisateur, et vise non à détruite mais à rabattre ou dresser des rapports.

Tel et tel fabricants d'imprimantes et scanners se font la guerre sous MacOs et Windows provoquant des conflits matériels par pilotes de périphériques interposés. Rabatteurs, Windows 3.1 et Windows 95, quand ils empêchaient le fonctionnement normal du DR-DOS, du WordPerfect et de Lotus 1-2-3, et faisaient monter les prix de leurs concurrents MS-DOS, Word et Excel devenus incontournables.

Indiscrets, les cookies, selon l'usage qui en est fait, et si effectivement ils n'étaient destinés à l'origine qu'à faciliter la vie de l'internaute, on peut se demander pourquoi alors Netscape avait essayé d'en cacher l'existence au public, ainsi que de la fonction "about: global" qui recensait tout l'historique des sites visités quand bien même on croyait avoir effacé cet historique.

Et il n'est même pas besoin d'ajouter des fonctions au logiciel, on peut aussi lui en retrancher. Mozilla, Konqueror, Galeon, les navigateurs libres, permettent de gérer les cookies par domaine, Netscape et Internet Explorer obligent à les accepter tous quand trop fatigué de les refuser un par un. Les gens d'Opera Software ont au moins le mérite de la franchise : Opera ne permet de naviguer en toute discrétion que dans sa version payante.

Qui est indiscret ? Certains sites, certains fournisseurs de services ou de programmes soi-disant gratuits. Pour le compte de qui ? Du commerce, notion assez vague... Une connexion sur un site boursier quand je cherchais le cours du dinar, une connexion sur un site consacré à l'ADSL, et dans les jours qui suivent je reçois les publicités d'une agence de courtage et d'un opérateur du haut débit. J'avais pourtant refusé les cookies, et je n'ai pas d'adresse IP fixe... Paranoïa.

L'e-mail n'est pas en cause en ces affaires, mais sachant que l'administrateur système et son employeur le fournisseur du service ont accès à tous les contenus, et que les sources des logiciels les plus utilisés, par vous ou vos correspondants, n'ont pas été rendues publiques... Le cryptage est lourd, décourageant, et à défaut d'être avérée, il suffit de savoir que la surveillance est possible et facile à mettre en oeuvre du jour au lendemain.

N'allons pas soupçonner pour autant les concepteurs des protocoles du réseau d'avoir été poussés par quelque malveillance. Comme beaucoup de programmes informatiques détournés par quelque évolution de leur fonction initiale, le courrier électronique et aussi le web étaient à l'origine destinés à faciliter le travail en collaboration au sein des réseaux universitaires, militaires, industriels, scientifiques.

C'est ainsi qu'il faut comprendre la présence incongrue dans l'interface des fonctions "copie cachée" et "faire suivre". En droit français et dans le cadre d'une utilisation privée, les lois sur le courrier s'appliquant quel que soit le support, l'utilisation de ces fonctions, sauf cas précisés dans les textes, est totalement illégale.

En revanche, elles prennent tout leur sens dans un contexte professionnel obligeant au partage d'informations, souvent par voie de circulaires (et on ne va pas allonger chacune d'une liste de tous les destinataires).

Mais, toute innocence accordée aux intentions, reconnaissons que tout oppose l'électronique et le postal : à quoi ils sont destinés, et la ligne rouge.

Quand la Poste reconnaît et défend le droit à l'hermétisme total, le courrier électronique reste empreint de son origine très professionnelle, très "unixienne". Tout y est mis en oeuvre pour se protéger des investigations de la concurrence, mais interdiction de rien dissimuler aux yeux de la hiérarchie !

Le Maître du Monde, l'Omniprésent Commerce, est la nouvelle hiérarchie qui nous observe.

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