Production n.f. Action de produire; ce qui est produit : les productions du sol. || Action de montrer : la production d'un acte de naissance.
produire v.t. (se conj. comme conduire). Engendrer : chaque animal produit son semblable. || Fournir : pays qui produit beaucoup de blé. || Porter : les arbres produisent les fruits. || Fig. Rapporter : cette charge produit tant par an. || Occasionner, causer : la guerre produit de grands maux. || Faire : l'arrogance produit un mauvais effet. || Montrer, exhiber : produire des titres, des pièces. || Introduire : produire quelqu'un dans une société. || Donner naissance : la France a produit beaucoup de grands hommes. || Créer : l'art produit des merveilles. || - Se produire v.pr. Se faire connaïtre : se produire dans les salons.
Petit Larousse, 1965
Cinématographiquement, la production engendre du concret, un film.
Industriellement, la production engendre du concret, des objets.
Au plan comptable, une affaire produit le cas échéant des bénéfices, mais sans que le pendant nominatif du verbe soit applicable en ce cas précis.
L'échelon administratif de la Poste dit "Direction Départementale" abrite en son sein un "Service Production".
- « Ah bon ? Mais je croyais que la Poste était une société de transport et de livraison ! Elle produit donc quelque chose ? »
- « Oui, la Poste produit ou fait produire des timbres, des emballages... mais pas au niveau départemental, bien sûr. »
- « Alors ? »
- « Alors rien. »
- « Donc, la Poste ne produit rien ? »
Si, la preuve, elle a produit de la sémantique départementale. Et c'est inquiétant... Quand la redéfinition des mots ne s'appuie pas sur des motifs d'adaptation au renouveau des réalités, mais cherche à forcer le réel, la pièce est infestée de vapeurs idéologiques, le bourrage de crâne n'est pas loin. Certains n'ont d'ailleurs pas hésité à comparer le langage pour la communication interne de la Poste à celui d'une secte.
Mais c'est normal, tellement est à refaire, tellement est à changer... Les voitures étaient jaunes, elles seront blanches, et tout à l'avenant... Les grandes manoeuvres.
L'Europe a dit : 2003, libéralisation des envois à partir de 100 gr, 2006, libéralisation des envois à partir de 50 gr, horizon 2009 libéralisation totale du courrier.
Mais attention, libéralisation ne signifie pas concurrence. Est-ce qu'on va se battre pour les arêtes du poisson, l'amanite phalloïde, la gamelle du chien ? Le courrier, c'est comme le repas des enfants, tout le monde se précipite sur le chocolat, et les poireaux vont rester dans l'assiette.
La Poste s'y prépare, peut-on lui reprocher de n'avoir d'autre choix que s'adapter ou disparaître ? Mais elle disparaît, justement, elle disparaît des villages, elle disparaît par petits bouts des services postaux de plus en plus compartimentés, elle disparaîtra prochainement de l'imaginaire collectif, Paulette et Jacques Tati sur leurs bicyclettes nous feront paraître de plus en plus lointain le siècle précédent.
Rétrospectivement, tandis qu'elle marche sur les traces de la Poste anglaise - on a constaté que ça dysfonctionne grave donc on fera la même chose - on comprend mieux pourquoi des hommes sages avaient décidé de confier le traitement du courrier à une administration.
Tout pour les entreprises, et ferment l'un après l'autre les petits bureaux, et du tissu économique et humain disparaîtra le facteur. Pas immédiatement, des missions continueront d'être confiées à la Poste ou à un équivalent. Mais on sait comment vont les choses... Aucun des concurrents sur le marché n'ayant les reins assez solides après la dispersion des bénéfices, le contribuable devra payer. Puis on estimera que ça coûte trop cher.
À moins d'envoyer et de recevoir le courrier par le biais de son entreprise, d'un commerçant multi-fonctions, ou pourquoi pas d'une boîte postale en coopérative, il faudra se rabattre sur le fax, le SMS et l'e-mail. Ce n'est pas innocence de la Poste que de nous précipiter dans le basculement vers l'électronique. Demain, d'autres prestataires de services, d'autres moyens. Mais qui sera assermenté ?
Ce n'est pas innocence du gouvernement des États-Unis qu'affectant de croire à la naïveté des terroristes, il en profite pour essayer d'interdire l'inviolabilité de l'e-mail, qui n'est déjà pas inviolable et ne l'a jamais été. Demain, ce sera le courrier du pauvre, et de tout un chacun.
Sur le terrain économique, le débat est faussé, mais ne doit pas occulter d'autres enjeux, à commencer par le droit à la vie privée.
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