LES MOTS-CLEFS DE LA BOÎTE AUX LETTRES


Le timbre

"Le timbre est le noyau de la Poste" disait doctement un inspecteur le plus sérieusement du monde. Il n'augmente pas souvent, le timbre, ni grandement, les gouvernements veillent à ce qu'il ne pèse pas sur les indices du coût de la vie.
La Poste n'est pas libre de répercuter sur les tarifs l'augmentation des frais de son fonctionnement.
Au guichet, en 2005, le timbre semble bien n'avoir pas bougé d'un centime.
Erreur : depuis cet an la loi autorise que l'impôt vienne à sa rescousse.


L'impôt

Les services postaux s'autofinançaient jusqu'en 2005 contrairement à une idée reçue.
Mieux, l'État, pour les aides à la presse dont elle assure l'acheminement, est redevable à la Poste d'une dette colossale qu'il ne réglera certainement jamais.
Mais la loi 2005 de régulation postale reporte sur les impôts locaux le coût de l'infinançable dans un marché concurrentiel présence postale en milieu rural.
Quelle idée, aussi, de vivre à la campagne !
La libéralisation a des chantres mais elle n'est pas bucolique.


La dette

La privatisation de la Poste se fera au détriment des usagers et aux frais du contribuable. Mais alors, la dette publique, dont on nous rebat les oreilles et qui justifie le sacrifice de l'éducation, la santé, les retraites, l'assurance-maladie...? Pas de panique : pour privatiser la Poste, de l'argent, il y en aura !


La présence postale

L'implantation de la Poste en milieu rural n'a pas suivi les évolutions démographiques, mais fermer des bureaux ne veut pas dire qu'on en ouvrira d'autres. Et les premiers sacrifiés ne sont pas forcément les moins rentables, bien que ce soit le critère avancé.
Climat de fin du monde, guerre des tranchées, ou totale indifférence des principaux intéressés accompagnent imprévisiblement les épisodes de ce retrait des campagnes.
2005, nouvelle loi de régulation postale. Les Édiles, émus d'une proposition que la Poste prenne en charge libéralement l'agence locale par contrat de 9 ans, soit jusqu'après la fin de leur mandat, sont parfois tentés de signer un engagement de la Commune à financer la suite.
Il arrive que la pression de leurs Administrés, informés par la CGT au cours de réunions publiques, fasse échouer la manoeuvre.


La présence fantôme

Pour servir d'exemple, sur les seuls bureaux de Poste rattachés à Maubourguet (65700), aux mois de mars et avril :

L'Autorité de Régulation des Communications Électroniques et Postales, informée par voie de mail, a estimé urgent de ne pas accuser réception.
La Poste n'hésite pas à soutenir que son obligation de points de contact peut se satisfaire d'une simple boîte aux lettres. Mais il est arrivé aussi dans le même département que des boîtes aux lettres publiques ne soient pas relevées et que le courrier y patiente un jour ou plus.


Le public

Pourquoi, à la Recette Principale de Tarbes, devenue Bureau Jean Jaurès, avoir supprimé le ticket numéroté qui permettait d'attendre son tour dans un fauteuil ? Un cerveau puissant a dû calculer qu'une file d'attente stresserait les guichetiers pour accélérer la cadence. Au risque de confondre vitesse et précipitation et d'entraîner des erreurs, mais là n'est sans doute pas l'essentiel. Aujourd'hui, on patiente debout dans un guide file disposé en serpentin pour que la queue ne déborde pas dans la rue.
Mais on n'attend pas moins, puisque censés aller plus vite, le but de la manoeuvre est de réduire le nombre de guichetiers.
Et quand bien même... Debout, l'attente paraît plus longue, surtout si l'on est vieux ou femme enceinte.


Les délais

Un usager de Lourdes s'est adressé au service des réclamations de Libourne pour un nombre important de cartes postales postées mi-avril 2008, oblitérées le 02 mai et distribuées le 05, sans doute un envoi à destination de clientèle. Le service des réclamations aura eu l'occasion d'apprendre qu'au Centre de Tri de Tarbes, les cartes postales, et occasionnellement d'autres types de courrier, sont postdatés pour économiser du personnel en amont.
L'usage dans le département avait anticipé une instruction donnée en interne par note du 10 septembre 2007.
Évidemment, c'est interdit, par le Code des Postes et Télécommunications, article R1. Mais qui sanctionnera ? Le centre des réclamations, ne pouvant informer les plaignants de l'inavouable, se tait. L'Autorité de Régulation des Communications Électroniques et Postales, saisie de la question par voie de mail, a estimé urgent de ne pas accuser réception. Les services de la répression des fraudes se déclarent incompétents.


La péremption

Une salariée, ayant adressé successivement deux Recommandés avec Accusé de Réception à son employeur, aura eu la chance qu'il lui réponde. Car aucun des deux Accusés de Réception ne lui est revenu, malgré qu'ils fussent au nouveau modèle rigide qui n'est pas censé souffrir de la mécanisation. La massification du courrier y est certainement pour quelque chose : on entrepose n'importe comment le courrier dans les bacs non hermétiques, et à mélanger petits et grands formats il arrive que les écrits s'envolent en route ou même face au casier.


Les chamboulements

Une grande partie des dysfonctionnements de la Poste sont dus à ce qu'elle est dans un état permanent de réorganisation échelonnée dans le temps. Les maîtres mots de cet effort dit de modernisation sont centralisation et mécanisation. À terme, elle révisera le sens du mot efficacité en ayant changé de raison d'être.
Massacrée à la tronçonneuse il n'est de cesse qu'on en fasse du petit bois et que les services compartimentés ne parviennent plus à communiquer entre eux, quand ça ne leur est pas purement et simplement interdit.
Lettres, colis, bureaux... Tout s'éloigne d'un centre comme notre univers en expansion...
Lettres, colis, bureaux... Tout est brassé comme du vent et tout se perd en cours de route, les objets après les règles de leur bonne manipulation...
Mais après tout, pourquoi pas ?
Lettre perdue, Chronopost vendu.
Sauf qu'un Chronopost, payé cent fois plus cher, il arrive que ça se perde aussi.


Le groupe La Poste

60 000 Euros, c'est l'amende digne d'entrer dans le Livre des Records qu'a été condamné à payer Mediapost à son plus gros client des Hautes-Pyrénées en 2005.
Mediapost, filiale de La Poste, anciennement CDP puis UDP, rebaptisé après fusion-rachat avec le concurrent Delta Diffusion, est leader national sur le marché de la Publicité Non Adressée.
Ce plus gros client avait passé commande d'une distribution de prospectus. Inquiet de n'en avoir pas reçu un exemplaire dans sa boîte aux lettres personnelle, passée la date butoir, il avait fait constater par huissier que les dits prospectus se trouvaient dans une benne destinée à la déchèterie.
Pour en arriver là : Mediapost, profitant de ce que la distribution de prospectus est une activité hors locaux, sous-évaluait le temps de travail de ses employés, jusqu'à leur en payer moins de 30 %. Mais cela faussait le calcul des besoins humains et parallèlement entraînait des démissions en masse, jusqu'à rendre impossible l'accomplissement des missions.
Nonobstant quoi, la Poste envisageait de retirer aux facteurs la distribution de la Presse par abonnement pour la confier à Mediapost.
Pour l'anecdote, on peut signaler que le Directeur National de Mediapost en 2005 était un ancien Inspecteur du Travail, et que le client grugé ne se gênait pas de son côté pour payer ses salariés en dessous du SMIC.
L'amende à elle seule dépasse les économies en personnel, mais les actions en justice d'anciens salariés risquent d'alourdir l'ardoise.
Mediapost, cas rendu extrême et caricatural par l'absence de freins dans une activité nouvelle, décrit mieux qu'un long discours la politique de la Maison Mère.


Les slogans

La Poste communique beaucoup sur la probité par voie d'affiches et d'information dans les bureaux. En 1965, le petit Larousse définissait la probité : "Observation rigoureuse des devoirs de la justice et de la morale ; honnêteté scrupuleuse".
Depuis la libéralisation économique, le vocabulaire a commencé d'être rénové de fond en comble, timidement d'abord mais ne doutons pas d'une accélération prochaine. Ainsi, "Communication" vise désormais à éluder le dialogue.
Probité, pour l'instant, est resté en l'état. Mais s'est vue attribuer un antonyme inattendu, la "Modernisation", dont le sens renouvelé exclut tout ce qui n'est pas finalité commerciale ou s'y oppose.
Et la Poste, face aux exigences contradictoires de modernisation et de probité, a choisi de s'en tirer par la communication.


Le matériel

La conteneurisation, néologisme industriel, se décline à la Poste en chariots d'empilage, caissettes et bacs.
À propos de ce matériel, chacun y va de sa publicité contradictoire. La Poste, au moment de le mettre en place, clamait haute et fort n'avoir pensé qu'à la santé de ses agents.
A contrario, la société Schoeller Arca Systems, qui a conçu le matériel et qui le fabrique, l'utilise comme argumentaire de publicité sur son site internet, sans dissimuler qu'il a été conçu pour être manipulé non par des hommes mais par des automates.
Au juridique, la Poste s'est placée en situation de faute inexcusable telle que définie par le Code de la Sécurité Sociale, en ne respectant pas, entre autres, deux principes de base de la sécurité au travail : l'obligation d'adapter le travail à l'homme et non le contraire, et l'obligation de remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou qui est moins dangereux. Et cette faute inexcusable est aggravée par le fait que la santé des agents a été exposée non par omission, mais délibérément.
Les conditions idéales censées rendre l'utilisation des bacs sans danger à long terme ne s'observent pratiquement jamais en situation de travail. Plus souvent, il faut s'adapter à : manque de temps, espace réduit, matériel défectueux ou récalcitrant, poids et hauteurs excessifs, obligeant à des rotations du dos très dangereuses.
Le postier qui manipule intensivement des bacs de courrier au cours de sa vacation s'expose à long terme aux hernies discales, et pour les femmes aux accouchements à problèmes.
Les campagnes publicitaires en direction du public sont du même tonneau.


Probabilités de probité postale

La Poste aime à communiquer et voudrait que la probité soit une vertu communicative. Mais elle-même n'est que communicante. La dégradation du service postal s'explique en partie par la massification, et le manque de formation du personnel précaire. Les vols, les indélicatesses, c'est une autre histoire. Mais aussi, quand la Poste donne-elle l'exemple, ou quel autre exemple donne-t-elle que le souci de rentabilité à tout prix ?
Quel postier n'est confronté quotidiennement au cynisme postal, ou n'a jamais reçu de sa hiérarchie des consignes dont il peut au moins soupçonner qu'elles sont immorales ? À commencer par la tricherie en apparence innocente, repérer le courrier des panelistes et lui accorder un traitement de faveur pour fausser les statistiques de qualité de service.
Quand elle invite les Postiers à la probité par voie d'affiches et d'espace-temps-communication, elle continue encore de brouiller le message. Car il en ressort que le réellement important, ce n'est pas la probité, mais l'image de la Poste.
Et la Poste n'a pas commencé à percevoir que les voleurs, les indélicats, parmi ses agents, sont finalement ceux qui lui renvoient son image la moins marketing et la plus fidèle, de mépris et d'indifférence pour l'être humain.


Les machines

Le calcul des processeurs se manifeste brut quand on regarde la machine trier le courrier, et il est impressionnant de rapidité. Qui pourrait fractionner le temps comme eux en nanosecondes ? Mais les machines commettent plus d'erreurs que les humains, et la Poste surestime contre vents et marées leurs performances.
Elles auront permis ce qu'en 2003 la limitation des vols à Roissy aura fait perdre, le J+1 sur toute la métropole. Mais est-ce l'homme qui s'adapte à la vitesse, ou la vitesse aux besoins de l'homme ?
Les emplois perdus ne se retrouveront pas ailleurs.
La Terre ne tournera plus au rythme des pas tranquilles du facteur.


Les postiers

De plus en plus de chômeurs auront été postiers au cours de leur vie, le temps d'un stage, d'un CDD, d'un contrat d'intérim... Mais au quotidien les effectifs se resserrent. La Poste expérimente dans sa filiale Médiapost les moyens d'accroissement de précarité, flexibilité, charge de travail. Face à la pression et au harcèlement les récalcitrants n'y font généralement pas long feu.
La masse salariale est le principal facteur d'économie dans une logique tirant prétexte de concurrence pour aboutir à la privatisation des bénéfices et diminution ou mutualisation des charges.
La qualité de service n'est plus un critère que pour la communication.


Les contrats

Les bureaux de poste sont désormais exposés aux visites des services de Contrôle et d'Inspection du Travail.
L'Inspecteur du Travail ayant examiné en 2008 les contrats au Centre de Tri de Sassenage, dans l'Isère, a pu constater que la Poste n'y va pas de mainmorte : abus de précarité, traitement discriminatoire sur les horaires et les indemnités, contrats se chevauchant pour des vacations à rallonge, privation du repos hebdomadaire, soupçon de collusion avec les agences Védior Bis et RAS de Grenoble pour masquer l'illégalité des contrats d'intérim...
L'Inspecteur du Travail a invité les syndicats à saisir le Conseil de Prud'hommes, mais de telles interventions sont encore assez rares.
Et la Poste se dédouane auprès du personnel en entretenant la confusion entre les visites de ses propres inspecteurs à la sécurité et celles d'un Inspecteur du Travail.
Et entretient l'illusion qu'elle peut édicter ses propres règles dérogatoires au droit commun.


Les femmes

Il n'y a pas de disparités de salaire entre hommes et femmes à statut égal, mais, chiffres de 2004 :

Les méthodes de management fondées sur la mise au pas sont, par essence, empreintes d'une misogynie qui ne se dissimule pas toujours sous couvert des rapports hiérarchiques.


Le harcèlement moral

Ce n'est pas tant à la Poste qu'on harcèle, mais le harcèlement en progression constante semble gagner du terrain à la Poste aussi. Maladie ou signe des temps, le harcèlement n'est pas sans signification.
La démocratie est synonyme de prééminence du droit sur l'autorité, raison pour laquelle nul n'est tenu d'obéir à un ordre manifestement illégal.
Du haut en bas dans la société et dans le monde du travail, le harcèlement, pratiqué en amateur ou par du personnel formé à ses techniques, a le vent en poupe. Qu'il procède de la volonté concertée ou de l'effet d'entraînement, la finalité reste identique : imposer par l'intimidation, dans la société ou à l'échelle de l'entreprise, la prééminence de l'autorité sur le droit, autrement dit la raison du plus fort, ou du plus riche.


Le courrier

L'un garnit une enveloppe à fenêtre de rideaux finement décorés, un autre écrit sur une feuille d'arbre, un ticket de métro, une boîte de camembert... Il arrive aussi que l'adresse soit brodée avec élégance sur une enveloppe en tissu comme on écrit un poème à la bien-aimée lectrice exclusive, ou que la matière choisie pour l'enveloppe soit d'une méchanceté innommable. Dans le flot continûment banal ce sont âmes d'artistes ici ou là qui témoignent quelle place dans les relations humaines tient la correspondance.
Étant postier, on regrette parfois de n'être pas du côté de la lettre mais des millions de lettres dont il ne restera finalement que des chiffres.
À penser en chiffres quantificateurs on en vient à perdre de vue que la collectivité est composée d'êtres uniques.


La législation

Les correspondants seraient majoritairement surpris d'apprendre qu'ils se doivent d'expéditeur à destinataire et réciproquement l'observation d'un certain nombre de contraintes fixées par la loi, tenant à la discrétion et au respect de la vie privée -- rien que de très logique.
Le caractère secret et inviolable de la correspondance s'impose aux postiers et à tous.
La Poste et ses agents sont tenus par un cahier des charges édicté dans le "Code des Postes et des Télécommunications".
Leurs sont interdits, entre autres, de retarder volontairement -- sauf en cas de grève -- et de détériorer le courrier.
Si les termes s'entendent aussi par omission nous sommes loin du compte, mais la lecture du document laisse une impression d'incomplétude.


Le message

Il y a peu, beaucoup d'enveloppes voyageaient ouvertes.
Les fabricants qui rognaient sur la colle semblent revenus à la raison et la confidentialité du courrier mieux assurée en 2008.
Mais les fabricants de chambre à air -- ou si vous connaissez une marque sérieuse n'hésitez pas à m'en communiquer les références -- ont pris le relais, obligeant à regonfler son vélo toutes les semaines.
La Poste, dans la même logique, estime qu'elle a toujours trop de personnel, ou qu'il n'est pas assez rentable.
Le projet "facteur d'avenir" est une tentative parmi d'autres d'imposer un rythme plus soutenu, profitant que la tâche et les horaires du préposé travaillant en extérieur semblent infiniment extensibles.
Les maladies professionnelles croissent parallèlement.


La concurrence

On y vient, petit à petit, pas à pas, et en partie nous y sommes déjà. C'est une affaire compliquée de succursales et filiales, où les principaux intervenants seront les actuels opérateurs nationaux mordant sur les territoires des voisins. Se tailleront-ils des croupières ?
Mais l'information transpire déjà, d'accords secrets qui ont été contractés : qui a réellement les moyens de tisser un nouveau réseau, au-delà de ses frontières ?
En réalité, la Poste préfère les salariés de ses filiales, mieux corvéables, aux fonctionnaires et contractuels de la Maison Mère, et pourrait bien mettre en concurrence la Maison Mère avec ses filiales.
Encore une fois, sous prétexte de concurrence, il ne s'agit en réalité que de privatisation, privatisation des bénéfices entraînant l'augmentation des coûts publics.
La concurrence est une fable vivante dont la morale au bout traiterait de l'innocence des enfants : on est turbulents, on joue au libéralisme sauvage.
Et qui paiera les pots cassés ?
Les garants, bien sûr, les parents.
Autrement dit les contribuables.


La Poste

Le destin divergent de la Poste et de France Télécom ne leur a pas interdit de suivre des chemins parallèles, et en dehors de liens interprofessionnels toujours vivaces, on peut trouver quelques similitudes dans leur politique de réorganisation interne -- et d'investissements désastreux, l'opérateur Orange pour l'un, pour l'autre l'allemand DPD, géant du colis aux pieds d'argile déclaré en faillite sitôt après son rachat. Mais la Poste, elle, n'est pas encore cotée en bourse, et peut se permettre de juger souverainement et sans contredit des poids qui grèvent son budget. Alors, le doigt accusateur pointe non sur des erreurs de gestion mais sur le coût de la main d'oeuvre, qui était déjà promise au sacrifice, et avec laquelle les relations se font chaque jour plus conflictuelles.

Dans l'exigence contradictoire d'être un commerce dans un secteur de plus en plus concurrentiel et continuer d'assumer des missions de service public, la Poste et son personnel sont unanimement conscients que l'un et l'autre ne peuvent aller ensemble, chacun choisissant l'option qui lui semble la plus obligatoire et dont il fait une question de survie. Ainsi, la Poste ne veut plus entendre parler que de clients, que les postiers se refusent à désigner sous un autre vocable que celui d'usagers -- et le malaise va grandissant quand il s'agit de dégager une plus-value sur un produit courant. Vendre, vendre, vendre... La culture d'entreprise, disponibilité d'abord, n'avait jamais tendu à forcer la demande.

La Poste se projetant dans l'avenir sait trop bien que la concurrence se fera sur la part la plus rentable -- en point de mire, le courrier d'entreprises intraparisien, faibles distances et grosses quantités -- et que survivra seul celui qui se positionnera sur ce marché. Il n'était pas de mise, au temps du monopole, de disséquer ainsi une activité qui semblait former un tout. Et justement, la circulation du courrier n'est-elle pas comme celle du sang, qui irrigue le corps et met en danger l'ensemble quand il en oublie une partie ? Le directeur d'une société cliente rentré chez lui redevient un usager et toute administration entretient une correspondance avec des particuliers... Privilégier le courrier des entreprises, oui, mais la Poste ne peut pour autant s'y consacrer exclusivement au risque d'y perdre son image. La différence se fera donc sur la prestation, et le coût : le courrier personnel dans le plan stratégique pour les années à venir sera le parent pauvre, plus cher, moins urgent, en même temps que la présence postale se fera plus discrète et calculée au millimètre.

Tout a déjà été envisagé ou essayé, les batteries de boîtes aux lettres au coin des rues, le retrait du courrier dans les commerces de proximité, les moyens électroniques, l'organisation pyramidale jusqu'au vertige, et bien sûr la fermeture des bureaux en zone rurale. Dans cette politique du moindre coût les structures existantes n'ont plus leur place, non plus que les modes d'embauche traditionnels.

Ne serait-il donc plus possible qu'une entreprise fasse vivre le courrier selon le mode qui a perduré pendant plus d'un siècle ? Encore faudrait-il le vouloir, et nos dirigeants ne le veulent pas, ni les partis dits de gouvernement sauf localement leurs élus locaux. Quant aux électeurs, on ne leur a demandé leur avis qu'une fois, lors de référendums sur l'Europe, il a été jugé préférable de ne pas en tenir compte.

La Poste dans les années 1980 pour nous convaincre de bouger avec elle peuplait l'écran de personnages piétinant et trépignant en vase clos. En ce début du millénaire suivant, elle se prend pour la NASA et prétend nous apporter l'avenir. Mais nous ne sommes plus au temps de l'Aéropostale, et si le courrier peut effectivement engendrer le futur et être découvreur d'Amériques, ce n'est que par son contenu, intime et irréductible. La Poste, si elle était raisonnable, ne s'occuperait que de l'intendance et s'en occuperait bien, car désirerait-elle vraiment participer à la construction d'un monde nouveau, ce ne pourrait être qu'en nous facilitant les échanges au quotidien.

Mais plus aucun décideur ne veut que ce soit aussi simple.

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