Sous le scalpel du chirurgien fou


Il faut manger, la fabrication des aliments et leur distribution sont des activités de service public.

Il faut se chauffer, la fabrication des radiateurs et leur vente sont des activités de service public.

Toute activité, sauf les notoirement nuisibles, est à y regarder de près une activité de service public, mais nul n'est censé travailler pour les beaux yeux de la collectivité. Les besoins créent des emplois et les emplois de la richesse individuelle.

Les compagnies pharmaceutiques fabriquent et commercialisent des médicaments, c'est leur utilité collective, mais ce n'est pas leur but. Leur but, c'est de gagner de l'argent. Et pour gagner toujours plus d'argent, elles seront tentées d'utiliser des méthodes allant à l'encontre des intérêts collectifs. Par exemple :

  1. Employer des esclaves, comme les firmes allemandes firent dans les camps de concentration sous le nazisme, Total en Birmanie.
  2. Tenter d'avoir la haute main sur les études médicales et soudoyer les praticiens, ainsi que récemment en France.
  3. Fabriquer des médicaments non qui guérissent mais en soulageant induisent une dépendance.
  4. ...

L'un des rôles de l'État est d'empêcher de telles dérives et de maintenir un équilibre, ou plutôt un déséquilibre harmonieux pour ne pas bloquer les évolutions, entre les intérêts individuels contradictoires et entre besoins collectifs et intérêts individuels.

L'État est contrôleur. Fort logiquement, les compagnies pharmaceutiques et autres puissances fortunées n'auront de cesse d'inverser l'ordre des tutelles et prendre le contrôle de l'État, par l'entente s'il n'est pas démocratique, par la force, l'intimidation, le lobbying, les liens familiaux et de classe sociale, le financement des partis, des carrières politiques et des campagnes électorales, l'illusion de l'inéluctable, le chantage économique, l'ascendant, la séduction, le noyautage, la corruption...

L'État doit veiller notamment à ce qu'une société ne puisse exercer un monopole dans quelque secteur d'activité, qui lui permettrait d'imposer à un marché captif des tarifs et conditions abusifs assortis de négligences en vue d'"optimiser" le rendement financier.

La célèbre loi antitrust américaine est un exemple de prévention obligeant, au moins en apparence, à préserver la concurrence et le choix. Mais il est un cas de figure particulier, celui des activités indissociables de structures lourdes entraînant un monopole de fait.

Ainsi des robinets. On peut laisser se multiplier les marques d'eau en bouteille, mais pas le jeu des canalisations et des raccordements pour l'eau du robinet, sous peine de transformer en gruyère la ville et les murs. La gestion de l'eau de ville est donc un monopole de fait, et pouvoir régalien à celui qui en détient la clef.

La solution, pour éviter les abus liés à la spéculation financière, dans la plupart des états démocratiques a été de confier la gestion des sphères concernées, vitales, à des administrations, celles à qui usuellement on réserve la dénomination de "services publics".

Mais désormais, les services publics : on libéralise, on casse. Comment les loups ont-ils réussi à prendre le contrôle des états pour s'introduire dans nos bergeries ? Affaire du sang contaminé, déraillements à répétition des trains privatisés britanniques, condamnation des sources et rationnement de l'eau courante dans la partie française de l'île Saint-Martin aux Antilles...

Une fois privatisés les bénéfices, il faut sauver les meubles, et les financements, accrus, par le biais s'il le faut ne tardent pas à redevenir publics.

J'ai été un chantre du libéralisme tant que je pouvais aimer l'argent, je me suis converti au service public quand j'ai eu peur de mourir, voilà ce que dit en substance Jean-Marc Sylvestre :
« Sans ce système de santé français et la capacité d'investigation qu'il donne au médecin, j'étais mort. Dans une logique purement financière, aucun contrôleur de gestion n'aurait pu accepter de telles dépenses. »

À quoi Gérard Biard goguenard rétorque dans Charlie Hebdo (02/10/2002) :
« Est-ce que Jean-Pierre Gaillard dit qu'il ne faut pas démanteler la Poste chaque fois qu'il reçoit son courrier à l'heure ? »

Or, justement...


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